Camino Francès - Saint Jacques de Compostelle travel blog

Un exploit : mon frère ne connaît pas cette fleur - Unbelievable...

Au dessus des nuages - Above the clouds

L'éleveur court après sa jeune vache indisciplinée - This farmer runs after...

Mon frère Francis au sommet - My brother Francis at the top

Les habits sèchent bien sur le sac à dos - Clothes hanging...

Jamais vu des genêts aussi beau - Never see such beautiful broom...

Même les fontaines nous rappellent le camino - Even fountains remind us...

Chemin vers Sarria passent souvent dans les nuages - This track to...

Galice est très verte grâce à l'influence maritime - Galicia is green...

L'entrée de la maison de Simon l'australien - Australian Simon 's home...

la chambre rustre de Simon - Simon ' s bedroom

selfie avec/with Simon


9km - 4h (ouch) avec mon frère / with my brother

plus

19 km - 3h30 Seul (only me)

est-ce que la souffrance d'un être que l'on aime n'est pas plus insupportable que sa propre souffrance ? Vaste question. Sans apporter une réponse psychologique ou philosophique -  car je n'en ai ni la prétention ni les compétences - l'étape de ce jour m'a apporté un élément de réponse pragmatique. Et je peux dire que cette souffrance m'est insupportable. La cadence de ce chemin empêche les pieds de mon frère Francis de se soigner malgré les soins attentifs que nous leur prodiguons matin et soir. C'est même pire, de multiples ampoules apparaissent partout sur et sous ses pieds. Comme si le chemin souhaitait lui envoyer un message d'incitation à l'abandon.  Pourtant mon frère a une très forte tolérance à la douleur et il a dû en supporter dans sa vie  des douleurs extrêmes lors d'accidents de chantiers - car il était artisan metallier - dont cette tôle de fer qui lui est tombé comme une guillotine sur l'arcade sourcilière. Mais là, à chaque pas la douleur devient intolérable  lui coupant le souffle et lui provoquant des nausées.

Ralentir le pas , marquer des arrêts fréquents,  rien ne semble atténuer cette torture. A la souffrance physique s'ajoute la souffrance morale car Francis voit bien lui échapper cette marche vers Compostelle.

Alors oui, voir mon frere dans cet état m'est bien plus insupportable que ma propre souffrance au début du trajet lors de mes problèmes de genou qui m'ont conduit à arrêter 2 jours.

Combien de jours pourrait-il tenir ? Et que faire pour ne pas mettre en péril ma propre arrivée a Saint Jacques de Compostelle? 

Nous n'avons plus de possibilités de faire des arrêts d'un jour où plus pour laisser ses pieds se soigner. 

Sur cette partie de chemin  magnifique - car s'en est fini de la sèche et aride Castille , ici tout est vert et ruisselant de torrents - j'accélère le pas pour prendre de la distance sur mon frère. je tente de puiser  dans la solitude et le silence de  cette nature des solutions a ce problème.

Alors que nous devrions être plongé dans le charme des chemins en Galice et chargés d'ondes positives, nous avons l'esprit rivé sur cette dégradation de la situation des pieds de mon frère.

Dans mes pensées je me disais même que Paul avait certainement eu raison d'arrêter après 1,5j de marche. Il se doutait que la situation pourrait empirer. Francis lui pensait qu'au contraire ça irait mieux. J'avais indiqué ai début de mon journal un dicton : " sur le chemin la douleur est normale mais la souffrance optionnelle " . Francis souffre, il devrait abandonner.  Puis me vient l'idée d'un compromis.  Alors que Francis était maintenant loin derrière moi, après 4h de marche et seulement 9km parcourus ( on aurait dû en faire 20km), je m'arrête dans un bar d'un minuscule village et je demande à la gérante de commander un taxi pour l'emmener à l ' auberge prévue ce soir. Lorsqu'enfin mon frère arrive exténué je lui indique que ce taxi au coin de la rue était pour lui. Soupir de soulagement. Il pourra reposer ses pieds pendant les 4h de marche que je dois parcourir encore pour arriver à cette albergue.  Et peut-être demain pourra-t-il reprendre la marche avec moi.

Je reprends seul le chemin, l'esprit un peu plus tranquille de ne plus voir mon frère souffrir au moins aujourd'hui.

C'est une marche merveilleuse qui m'attend : 3h30 de sentiers vallonnés en forêts. Les vaches ont remplacé les blés et les céréales à perte de vue de la Castille.

C'est dans ce sentier, près du village de Samos que je fais une belle rencontre. Il y avait une table de camping avec quelques fruits et jus bloquant l'entrée d'un cour d'une grande  maison de village. Personne. J'aurais pu glisser quelques euros dans la boîte "donativo" , prendre un fruit et continuer ma route comme le font les pelerins.

Mais cette fois, j'ai eu envie de voir la personne qui vivait là. Je cogne à la grande porte en bois de la cour avec mon bâton de pelerin. "anybody here?"...oui je ne sais pas parler espagnol même après bientôt trente jours dans ce pays. L'anglais me vient plus facilement.

Un homme d'une quarantaine d'années, barbu, châtain me réponds "please enter my friend, this place is your place".

C'est Simon. Il m'invite a visiter sa maison et m'offre un café. Maison d'époque des grands pelerinages ou tout semble être resté inchangé. Enfilade de grandes chambres,  feu de cheminée à même le sol au centre de la cuisine avec une chaîne pour y suspendre un chaudron, au sous-sol l'étable qui permettait de chauffer naturellement la maison grâce à la chaleur des bestiaux et décomposition du foin.

Simon est australien et a déjà fait le chemin de compostelle avec sa mère lorsqu'il était plus jeune. Cette région l'a attiré irrésistiblement. Il s'est promis de revenir s'installer ici. Et c'est ce qu'il a fait il n'y a que 3 semaines. Il a laissé une belle situation pour démarrer un projet ici. Objectif : faire de ce lieu un endroit pour soigner les pelerins et faire revivre l'art de la poterie très présente dans cette région ai temps des grands pèlerinages.  Et tout cela sur le principe des dons facultatifs.

Après un long échange sur nos vies et le bénéfice du pèlerinage on se quitte sur un hug amical.

Je lui souhaite une bonne réussite.

Je rejoins Francis en fin d'apres midi dans l'albergue de Sarria. Il est reposé mais les pieds lui font toujours mal. Dîner convivial et bon dans cette albergue avec une forte majorité de Français.  Notamment M. et Mme Berger. Elle a eu une tandinite et ne peut plus faire la marche. Elle suit donc son mari en passant d'une étape à l'autre via les transports en commun ou le taxi. Elle nous  indique qu'elle prend le bus demain qui va justement à Portomarin, ville de ma prochaine étape.  Coïncidence : ce couple va également dans la même albergue que nous. Francis est décidé, il l'accompagnera demain en bus pour une journée supplémentaire de repos.

Chambre de 4 personnes avec un couple d'allemand. Je leur dit aimablement qu'il avait malheureusement choisi la mauvaise chambre car nous ronflons. En plaisantant le mari me dit "je vous donne 20€ et vous allé dans une autre chambre"...on restera là...

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Is the suffering of a person we love less acceptable  than his own suffering? Wide question. Without making a psychological or philosophical answer - because I have neither the pretension nor the skills - the stage  today brought me a pragmatic answer. And I can say that this suffering is not acceptable. The pace of this camino  prevents the feet of my brother Francis to heal despite the attentive care we provide them morning and night. It's even worse, multiple blisters appeared all over and under his feet. As if the way wanted to send a message inciting to give up. But my brother has a very high pain tolerance and had to endure in his life extreme pain mainly during work accidents - because he was an iron and metal worker - for exemple this huge and heavy metal  sheet  that fell like a guillotine on his  brow. But here, at every stage the pain becomes intolerable cutting off his breath and  causing nausea.

Slowing down the pace, marking frequent stops, nothing seems to reduce this torture. At this  physical suffering is added a moral suffering because Francis can see that the walk to Compostela is going away.

So yes, to see my brother in this state is much more unbearable to me that my own suffering at the beginning of the trip when I got a big pain in my knee that has led me to stop two days.

How many days he might stay ? And is this persistence  put in danger my own arrival to  Santiago de Compostela?

We have no more opportunities to make a full day stop to leave his feet heal.

On this beautiful part of the way - it is the end of the dry and arid Castile, here everything is green and there are lots of nice streams and torrents -  I accelerate the step to take distance on my brother. I try to tap into the solitude and silence of the nature to think about  solutions to this problem.

While I should be immersed in the charm of the paths in Galicia and charged with positive energy, I have the mind focused on the deteriorating situation of my brother's feet.

I even thought that Paul's decision to stop after walking 1,5j was a good one. He suspected that the situation could worsen. Francis thought the contrary and expected to improve. He was wrong. I have indicated at the beginning of my diary a saying: "on the way pain is normal but suffering is optional ." Francis suffers, he should give up. Then come the idea of ​​a compromise. While Francis was now behind me, after 4 hours of walking and only 9km covered (we should have done 20km), I stop in a bar of a tiny village and ask the manager to order a taxi to take him to the albergue expected  tonight. When finally my brother arrives exhausted I tell him that the taxi at the corner was for him. I can see a smile of relief in his face. He can rest his feet during the 4 hours of walking I still have to go to reach that albergue. And maybe tomorrow he will resume walking with me.

I resume the walk,  the mind a bit quieter not to see my brother suffering at least today.

It is a wonderful walk that awaits me: 3h30 hilly paths in forests. Cows have replaced the corn and wheat  of Castile.

It is in this stage,  near the village of Samos that I'm doing a good meeting. There was a camping table with some fruits and juices blocking the entrance to a courtyard of a large old house. Nobody. I could slip a few euros in the box "donativo", take a fruit and continue my journey as do the pilgrims.

But this time I wants to see the person who lives there. I knock on the big wooden door of the court with my pilgrim stick. "Anybody here?" ... (I can not speak Spanish even after thirty days days in this country).

A man in his forties, bearded, brown answers me "please enter my friend, this place is your place."

This is Simon. He invites me to visit his home and offers me coffee. It looks like a house of the great pilgrimages and appears to have remained unchanged. Large rooms, open fire on the floor at the center of the kitchen with a chain to hang a pot for the cooking, in the basement there is the stable that used to aturally heat the house from the decomposition of cattle and hay .

Simon is Australian and has already made the road to Compostella with his mother when he was younger. This region has irresistibly attracted him. He promised to come back to live here. And that's what he did  only 3 weeks ago. He left a nice situation at home to start a project here. Objective: make this place a place to treat pilgrims and revive the art of pottery very present in this region during the time of the great pilgrimages. And all this on the principle of voluntary donations.

After a lengthy exchange on our lives and the benefit of the pilgrimage we say goodbye on a friendly hug.

I wish him good success.

I meet with Francis late afternoon in the albergue of Sarria. He rested but his feet keeps  hurting him.Friendly and nice dinner in this albergue with a strong majority of French. Including Mr. and Mrs. Berger : she has a tandinite and can not do the walking. So she follows her husband by bus or taxi from one stage to another. She tells us that she will take the bus tomorrow that will precisely go to Portomarin, city of my next stage. Coincidentally, this couple is also in the albergue that we selected. Francis agrees  : he will accompany tomorrow this lady by bus for an extra day of rest.

4 persons in our bedoom :  a German couple and us. I kindly tells them that they had unfortunately chose the wrong room as we snore !. The guy jokingly said to me "I give you 20 € and you go to another room" ... we stay here...

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